Hélène Beaufort nous reçoit dans son bureau, un espace lumineux mais discrètement envahi par des ouvrages d’art et des dossiers d’exposition. Au cœur de Lyon, dans l’enceinte d’un musée des Beaux-Arts dont elle est l’une des conservatrices en chef, elle gère avec passion une collection précieuse d’icônes et de toiles russes du XIXe siècle. Le silence des lieux est seulement troublé par le crissement des pages qu’elle tourne parfois en cherchant une référence, ou par le doux bourdonnement du vieux système de ventilation. Vingt-deux années d’expérience ont affiné son regard, lui conférant une autorité sereine sur les trésors qu’elle a mission de préserver et de rendre accessibles. Elle nous accueille avec un sourire, prête à partager son savoir.

Notre dialogue avec Hélène Beaufort promet d’être un éclairage essentiel sur la présence et la préservation de l’art russe en France. À travers son parcours, ses défis quotidiens et ses perspectives d’avenir, nous explorerons les subtilités de la conservation des icônes, les dynamiques des échanges culturels – en particulier depuis les récents bouleversements géopolitiques – et les efforts constants pour démystifier et valoriser un héritage artistique souvent méconnu du grand public français. Cet entretien est une plongée au cœur de la passion et de l’expertise qui animent les acteurs de la culture russe dans l’Hexagone.

Hélène Beaufort — 22 ans d'expérience, conservatrice en chef du patrimoine, docteure en histoire de l'art (École du Louvre + EHESS), spécialiste de l'art russe XIXe-XXe siècle. En poste à Lyon. A organisé 7 expositions monographiques entre 2008 et 2025.

Vocation et formation

Comment êtes-vous arrivée à la conservation d'œuvres russes ?

Pour situer le travail de conservation dans le paysage parisien, le guide des musées d’art russe à Paris et de leurs collections propose un panorama complet.

Mon chemin vers l'art russe a été plutôt inattendu, mais rétrospectivement, il me semble évident. J'ai grandi à Lyon, et comme beaucoup d'enfants, mes premières visites aux musées étaient des explorations ludiques. Un jour, au musée des Tissus et des Arts décoratifs, j'ai été frappée par une petite icône. Sa présence était si différente des autres œuvres, elle dégageait une spiritualité et une profondeur qui m'ont captivée. Je me souviens de la richesse des couleurs, de l'or, et de cette impression de regard qui vous traverse. C'est cette première émotion qui a semé la graine. Plus tard, j'ai intégré l'École du Louvre, où j'ai pu approfondir mes connaissances en histoire de l'art. Mon mémoire de maîtrise portait sur le portraitiste russe Alexeï Tropinine, un artiste fascinant qui a su capter l'âme de son époque et de ses modèles. Cette période m'a permis de me familiariser avec les spécificités de l'école russe du XIXe siècle. L'étape suivante a été ma thèse à l'EHESS, où j'ai choisi d'étudier les peintres russes à Paris entre 1900 et 1940. Cette période charnière, marquée par les avant-gardes et l'exil, m'a passionnée. J'ai exploré comment des artistes comme Michel Larionov ou Natalia Gontcharova ont interagi avec la scène parisienne, et comment leur identité russe a évolué au contact de la modernité occidentale. Mon premier poste, en 2003, a été ici même, à Lyon, où j'ai eu la chance de pouvoir m'investir pleinement dans la valorisation de nos collections russes, notamment nos icônes.
Quelles sont les collections d'art russe les plus importantes en France aujourd'hui ?
La France possède un patrimoine artistique russe d'une richesse souvent sous-estimée, réparti dans plusieurs institutions majeures. Évidemment, le Centre Pompidou est incontournable pour les avant-gardes russes et soviétiques. Leur collection est exceptionnelle, avec des œuvres phares de Larionov, Gontcharova, Malevitch, ou encore Tatline. C'est un point de passage obligé pour quiconque s'intéresse à la révolution artistique du début du XXe siècle. Le musée d'Orsay, quant à lui, brille par sa collection de peinture russe du XIXe siècle, notamment avec des œuvres emblématiques d'Ilya Répine, qui permettent de saisir l'ampleur du réalisme russe et de son engagement social.

Il ne faut pas oublier la Cité de la musique – Philharmonie de Paris, qui conserve un fonds remarquable d’instruments de musique russes et de documents liés à des compositeurs et musiciens russes ayant marqué l’histoire musicale française, comme Stravinsky ou Prokofiev. Plus à l’est, le MAMC Strasbourg possède également une collection intéressante d’œuvres russes et soviétiques, souvent moins connues mais qui complètent la vision des avant-gardes. Enfin, le musée d’Art moderne de la Ville de Paris détient aussi des pièces significatives, notamment des artistes de l’École de Paris d’origine russe. Ces institutions, parmi d’autres musées régionaux comme le nôtre, contribuent à dresser une cartographie des collections publiques d’art russe en France qui est d’une grande diversité et profondeur. C’est un véritable maillage qui permet d’appréhender la complexité et l’évolution de l’art russe à travers les siècles.

Conservation et savoir-faire

Quels critères de conservation spécifiques aux icônes orthodoxes ?

La conservation des icônes mérite un dossier dédié : notre dossier sur les icônes et l’art sacré orthodoxe en France y approfondit la dimension liturgique.

La conservation des icônes orthodoxes est un domaine très spécifique qui requiert une expertise particulière, car ce ne sont pas de simples tableaux. Ce sont des objets cultuels, porteurs d'une dimension spirituelle et d'une histoire matérielle complexe. Le support est généralement en bois, souvent du tilleul, qui est hygroscopique et réagit fortement aux variations d'humidité. Il faut donc maintenir une humidité relative stable, idéalement autour de 50-55%, pour éviter que le bois ne se fende ou ne se cintre, ce qui est un problème fréquent et délicat à gérer. De même, la lumière doit être contrôlée : les pigments de la tempera à l'œuf, utilisée pour peindre les icônes, sont sensibles aux UV et à une exposition prolongée. Nous maintenons un éclairage doux, souvent inférieur à 50 lux.

Le bois est souvent cintré, parfois évidé au dos pour créer un “kovtcheg”, une sorte de cuvette qui met en relief la figure sacrée. Ces particularités structurelles nécessitent une surveillance constante. L’oklad, cette parure métallique qui recouvre l’icône, ajoute une contrainte supplémentaire. Il peut provoquer des frottements, des rayures, ou même des problèmes de corrosion si l’environnement n’est pas stable. Surtout, la philosophie de restauration est différente. On évite toute intervention trop agressive qui altérerait la patine ou les repeints historiques, car ils font partie de l’histoire de l’objet et de son usage liturgique. L’icône n’est pas seulement une œuvre d’art, c’est aussi un témoin de foi. Nous travaillons en étroite collaboration avec des institutions comme le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), qui dispose d’experts et d’équipements de pointe pour ces défis spécifiques.

Comment travaillez-vous avec les musées russes aujourd'hui ?
Depuis le début de l'année 2022, les contacts institutionnels officiels avec les musées russes sont malheureusement suspendus. C'est une situation inédite et très difficile pour les professionnels du patrimoine comme nous, qui avons toujours privilégié le dialogue et la collaboration internationale. Avant cette rupture, nous avions des partenariats réguliers et fructueux avec des institutions prestigieuses comme la Galerie Tretiakov à Moscou, le musée Russe à Saint-Pétersbourg, ou le musée Pouchkine des Beaux-Arts, également à Moscou. Ces collaborations permettaient des prêts d'œuvres majeurs pour nos expositions et un échange d'expertise inestimable.

Aujourd’hui, la continuité se fait par d’autres canaux. Le dialogue scientifique n’est pas totalement rompu : il se maintient via les chercheurs individuels, les historiens de l’art, les conservateurs qui communiquent parfois de manière informelle, dans le cadre de colloques internationaux en ligne ou de publications. Les diasporas russes en France et ailleurs jouent aussi un rôle crucial en maintenant un lien avec leur patrimoine et en soutenant des initiatives culturelles. Certains fonds privés, comme les fonds Soutzenko ou Sterligov, continuent de circuler et d’être étudiés. La question des œuvres qui avaient été confiées avant 2022 est également un sujet délicat, dont les aspects juridiques et diplomatiques sont complexes et en constante évolution. C’est une période de grande incertitude, mais nous restons engagés à préserver et à étudier l’art russe, en espérant des jours meilleurs pour la coopération internationale.

Découvertes et renouvellements

Quelles découvertes récentes ont changé notre regard sur l'art russe ?

Le renouvellement passe aussi par la lecture des avant-gardes : notre étude sur les avant-gardes russes (Malevitch, Kandinsky) dans les collections françaises retrace ce moment fondateur.

Plusieurs mouvements de relecture et de redécouverte ont profondément modifié notre perception de l'art russe ces dernières décennies. L'une des avancées les plus significatives est sans doute la réévaluation et la reconnaissance des femmes peintres russes. Pendant longtemps éclipsées par leurs homologues masculins, des artistes comme Natalia Gontcharova, Alexandra Exter, Varvara Stépanova ou Lioubov Popova ont vu leur travail remis en lumière et leur place dans les avant-gardes russes et européennes enfin reconnue. Les années 2010-2020 ont été particulièrement riches en expositions et publications dédiées à ces figures pionnières, montrant leur audace, leur innovation et leur rôle central dans le développement de mouvements comme le rayonnisme ou le constructivisme.

Parallèlement, il y a eu une relecture du réalisme du XIXe siècle, souvent perçu à travers le prisme de l’idéologie soviétique qui en a fait un précurseur du réalisme socialiste. Des artistes comme Ivan Soutzenko ou Ivan Kramskoï sont aujourd’hui étudiés pour leur propre mérite, leur technique, leur engagement social et leur capacité à dépeindre la société russe de leur temps avec une grande subtilité, loin de toute instrumentalisation politique. Cette approche a permis de mieux comprendre la mouvance des Peredvijniki, les “Ambulants”, et leur rôle dans la démocratisation de l’art. Enfin, même des figures tutélaires comme Répine sont l’objet d’une nouvelle école de pensée, qui explore sa complexité, ses influences européennes et son évolution stylistique. L’exposition « Rouge : Art et Utopie au pays des Soviets » au Grand Palais en 2018, par exemple, a offert une perspective rafraîchissante et nuancée sur une période souvent caricaturée, montrant la diversité et la vitalité de la création artistique russe au-delà des clichés.

Icône orthodoxe russe en cours d'examen, gants blancs, lumière tamisée d'atelier de restauration

Médiation et accessibilité

Comment expliquer l'art russe au grand public français ?
Expliquer l'art russe au grand public français est un défi passionnant, car il faut souvent déconstruire des clichés tenaces. L'image de « l'âme russe » mystérieuse, de la « steppe » infinie ou des « tsars » fastueux, bien que poétique, peut masquer la richesse et la diversité des mouvements artistiques. Mon approche est toujours de partir de l'œuvre elle-même, de la matière, de la technique, plutôt que d'une interprétation préconçue. Il s'agit de rendre l'art russe concret et accessible, en montrant comment il s'inscrit dans des contextes historiques et culturels précis, tout en dialoguant avec les courants européens.

Nous mettons en place des cartels triples : le nom de l’artiste et le titre de l’œuvre sont présentés en russe translittéré, puis en français, et enfin en anglais. Cela permet une meilleure compréhension et une familiarisation avec les noms et la langue. Nous organisons des visites contées pour les enfants, où l’on aborde les thèmes des contes populaires russes à travers les œuvres, ou des ateliers d’initiation à la peinture d’icônes, qui permettent de toucher du doigt la technique et la spiritualité. Les conférences en partenariat avec des institutions comme l’Institut d’études slaves de la rue Michelet à Paris sont également cruciales — et nous croisons régulièrement le rayonnement de la musique russophone en France qui complète notre démarche dans une autre discipline. Elles permettent d’approfondir des sujets spécifiques et d’offrir des clés de lecture par des spécialistes. Le but est de créer des ponts, de susciter la curiosité et de montrer que l’art russe, bien que distinct, participe à la grande histoire de l’art universel.

Enjeux contemporains

Quels sont les enjeux des prêts d'œuvres entre la France et la Russie depuis 2022 ?

Cette suspension brouille pour un temps la programmation des grandes monographies attendues.

Depuis 2022, les enjeux des prêts d'œuvres entre la France et la Russie sont devenus extrêmement complexes et délicats. La suspension des prêts officiels entre les institutions muséales des deux pays a créé un vide, mais des questions juridiques et éthiques persistent pour les œuvres qui étaient déjà en circulation ou qui pourraient potentiellement l'être via des canaux non-officiels ou privés. L'un des points centraux est la question de l'immunité de saisie. En France, la loi Aillagon de 2002 (souvent citée comme 1994, mais c'est 2002 pour l'immunité de saisie des œuvres d'art) protège les œuvres d'art prêtées par des États étrangers contre toute saisie judiciaire. Cette loi était un pilier essentiel pour garantir la circulation des œuvres. Cependant, dans le contexte actuel, son application est soumise à des interprétations et à des pressions politiques.

Nous avons eu le cas emblématique des œuvres russes prêtées pour des expositions en Europe en 2021, et qui se sont retrouvées bloquées, par exemple à Helsinki en 2022, en raison des sanctions et des incertitudes juridiques. Ces œuvres, appartenant à des musées russes, sont devenues des otages involontaires de la situation géopolitique. Il est crucial de faire la distinction entre les prêts d’État à État, qui sont gelés, et les collections privées, dont la circulation peut être moins réglementée mais qui soulève d’autres questions de provenance et de légalité. Pour les conservateurs, prendre la décision d’accepter ou de prêter des œuvres russes, même via des intermédiaires, comporte désormais des risques juridiques non négligeables. La crainte de voir une œuvre saisie, ou de ne pas pouvoir la restituer à son propriétaire légitime, est une préoccupation majeure qui pèse lourdement sur nos décisions.

Quels projets d'exposition pour 2026-2027 ?
Malgré les défis actuels, nous continuons à développer des projets d'exposition ambitieux, car il est essentiel de maintenir vivante la présentation de l'art russe. Pour 2026-2027, nous avons un projet qui me tient particulièrement à cœur : une exposition consacrée aux « Paysagistes russes du XIXe en France ». L'idée est d'explorer comment des artistes comme Isaac Lévitan, Vassili Polenov ou Ivan Chichkine, souvent associés aux vastes étendues de la Russie, ont été influencés par leurs séjours en France, par l'école de Barbizon, par l'impressionnisme naissant, et comment ils ont adapté ces influences à leur propre vision du paysage russe. Il s'agira de montrer un dialogue artistique méconnu.

Ce projet est en cours de développement, et nous avons la chance de pouvoir envisager un partenariat avec un musée privé suisse qui possède une très belle collection d’œuvres de cette période. Cela nous permettrait de contourner les difficultés actuelles des prêts institutionnels avec la Russie. Nous travaillons également sur un catalogue bilingue, français-anglais, pour toucher un public plus large et offrir une documentation scientifique de qualité. La date prévisionnelle pour cette exposition serait l’automne 2027. C’est un travail de longue haleine, mais je suis convaincue que cette exposition apportera un éclairage nouveau sur une facette de l’art russe qui mérite d’être redécouverte et appréciée par le public français.

Conseils pour un visiteur qui découvre l'art russe pour la première fois ?
Pour un visiteur qui découvre l'art russe pour la première fois, je conseillerais de commencer par les avant-gardes du début du XXe siècle. Elles sont souvent plus accessibles et visuellement frappantes, et elles ont eu un impact majeur sur l'art moderne occidental. Le Centre Pompidou à Paris est l'endroit idéal pour cela, avec sa collection exceptionnelle de Malevitch, Kandinsky, Gontcharova et Larionov. C'est une immersion directe dans la révolution artistique russe. Ensuite, pour une incursion dans le XIXe siècle, le musée d'Orsay est un incontournable avec ses œuvres d'Ilya Répine, qui offrent une vision puissante et réaliste de la société russe.

Avant de visiter, je recommande de lire un livre court mais bien fait. Pour les avant-gardes, « L’art russe » de Camilla Gray (éditions Hazan) est une excellente introduction. Pour une vue plus large, « Trois siècles de peinture russe » de Marc Etkind est une référence très solide qui couvre une période plus étendue. Ces ouvrages fournissent des clés de lecture essentielles sans être trop académiques. Enfin, un conseil pratique : privilégiez la visite en semaine, tôt le matin si possible. Les musées sont moins fréquentés, ce qui permet une expérience plus immersive et plus sereine. Prenez le temps de vous attarder devant quelques œuvres qui vous interpellent, plutôt que de tout vouloir voir. Laissez-vous porter par l’émotion et la singularité de chaque pièce.

Salle d'exposition de peinture russe XIXe, parquet, cartels muraux, lumière douce

Questions rapides — idées reçues

1. L’art russe se résume aux avant-gardes du XXe siècle. Faux. L’art russe est bien plus ancien et diversifié. Trois siècles de peinture, du XVIIe au XIXe, ont précédé les avant-gardes, avec des maîtres du portrait comme Argounov, des paysagistes comme Chichkine, et des peintres voyageurs (les Peredvijniki) qui ont marqué leur époque.

2. Les icônes sont toutes peintes par des moines anonymes. Faux. Si l’anonymat était courant dans l’iconographie ancienne, dès le XVIIe siècle, et surtout aux XVIIIe et XIXe siècles, des iconographes comme les Bogolioubov ou les Vasnetsov ont signé leurs œuvres, affirmant ainsi leur statut d’artistes.

3. Le réalisme russe est de la propagande soviétique. Faux. Le réalisme russe est un courant artistique majeur du XIXe siècle, incarné par des figures comme Répine, Sourikov ou Vasnetsov. Il n’a rien à voir avec le réalisme socialiste, un style officiel imposé par le régime soviétique à partir de 1934. Le réalisme du XIXe était souvent critique et socialement engagé.

4. Tous les musées russes ont rompu avec la France. Partiel. Les institutions officielles ont effectivement suspendu les échanges et les prêts d’œuvres. Cependant, des liens subsistent à un niveau plus informel entre les chercheurs, les conservateurs et les historiens de l’art, qui continuent à dialoguer et à collaborer sur des projets scientifiques.

5. Une icône s’achète comme un tableau classique. Faux. L’achat d’une icône est soumis à des règles spécifiques. Au-delà de sa valeur artistique, une icône a un statut d’objet cultuel, ce qui implique une attention particulière à sa provenance et à son histoire. Il est crucial de se méfier des faux, notamment ceux apparus après 1991, et de s’adresser à des experts reconnus.

Conclusion — les trois choses à retenir

Notre entretien avec Hélène Beaufort révèle l’étendue et la complexité de l’art russe en France. Premièrement, il est essentiel de retenir que l’art russe en France est vaste, multi-siècles, et bien représenté dans les collections publiques. Loin de se limiter aux avant-gardes du XXe siècle, il embrasse des icônes millénaires, des chefs-d’œuvre du réalisme du XIXe et une diversité de mouvements qui témoignent d’une histoire artistique riche et continue. Les musées français abritent des trésors qui méritent d’être explorés.

Deuxièmement, la conservation des icônes et des œuvres anciennes russes exige une expertise spécifique, encore relativement rare. Leurs supports, leurs techniques de peinture et leur statut d’objets cultuels imposent des contraintes et des philosophies de restauration uniques, loin des approches des tableaux classiques. C’est un savoir-faire précieux qui garantit la préservation de ce patrimoine pour les générations futures.

Pour situer cette continuité dans une perspective d’un siècle, le top 30 des expositions russes marquantes en France depuis 1917 recense les jalons qui ont façonné notre rapport à l’art russe — depuis les Saisons russes de Diaghilev jusqu’aux grandes rétrospectives du XXIe siècle.

Enfin, et c’est un point crucial en cette période, malgré les ruptures institutionnelles et les défis géopolitiques depuis 2022, le travail scientifique et la valorisation de l’art russe se poursuivent. Porté par des conservateurs passionnés comme Hélène Beaufort, des chercheurs dévoués et la vitalité de la diaspora russophone, le dialogue culturel n’est pas éteint. Il cherche de nouvelles voies, adaptant ses méthodes pour que la beauté et la profondeur de l’art russe continuent d’être partagées et comprises en France.